Clap de fin pour Le Festival de Cannes 2018, qui s’est achevé samedi soir, avec l’attribution de la Palme d’Or pour le Japonais Hirokazu Kore-eda et des autres récompenses. Voici le bilan mitigé de cette édition 71ème édition.

 

Un bon palmarès. La Palme d’Or est donc revenue au Japonais Hirokazu Kore-Eda, pour son film « Une affaire de famille », une distinction qui lui avait échappé en 2013. « J’avoue que j’ai les jambes qui tremblent. Cannes est un endroit où l’on reçoit beaucoup de courage. Ici, j’ai ressenti l’espoir que les gens et les pays qui aujourd’hui s’affrontent peuvent se rejoindre », avoue-t-il lors de son discours.

 

Parmi les festivaliers, venus nombreux assister à la retranscription de la cérémonie de clôture, sur le parvis du palais, c’est le prix spécial attribué à Jean-Luc Godard qui aura retenu l’attention.

 

Du côté des discours, on retiendra celui de Nadine Labaki. La réalisatrice s’est longuement exprimée de manière très émouvante en faveur des enfants maltraités, au Liban et dans le monde entier.

 

 

L’image forte de cette 71ème édition.  Elles étaient 82 femmes sur les marches du palais des festivals, comme le nombre de film produit par des femmes et présentés au Festival de Cannes, depuis 1946. Lors de son discours, le 12 mai 2018, Cate Blanchett a fait savoir que l’industrie du cinéma devait changer et donner l’exemple au monde.

 

 

Et le combat des femmes continue !

 

 

Un Festival à deux visages.

Cette année, le palais n’a pas compté autant de stars « invitées » sur le tapis rouge que les années précédentes. Sans compter les acteurs et réalisateurs venus présenter leur film en compétition, peu de grands noms ont foulé les marches de cette 71ème édition.

Les habitués de longue date déplorent un festival devenu accessible à tout le monde. Ils ont du mal à se retrouver au milieu de ces non-professionnels accrédités venus seulement profiter de l’occasion. Pour eux, le charme et le glamour ont disparu pour laisser place à un événement où de nombreux inconnus tentent de se faire connaître et remarquer « Il y a trop de petites stars qui viennent s’afficher. Ça donne une ambiance beaucoup trop populaire. » s’est plainte Agnès, productrice de courts métrages dans la région Lilloise, qui participe au Festival depuis plus de 20 ans. Elle fait sans doute référence à la venue du Snap chatteur Vargas, qui a créé l’émeute auprès des adolescents. Depuis 5 ans maintenant, les stars du petit-écran sont de plus en plus nombreuses à venir poser sur les marches. Cette observation exaspère les plus fidèles, qui affirment qu’elles n’ont pas leur place ici, et qui dénoncent un festival devenu sur-médiatisé.

Le phénomène Netflix fait aussi beaucoup parler de lui. L’année dernière avait pourtant été présentée le film Okja, qui avait suscité le débat, autour de ce nouveau style de production, qui ne fait pas l’unanimité auprès de tous. La plateforme de vidéos à la demande qui a donc décidé de bouder la croisette cette année, devant l’obligation de sortir leurs films en salles pour pouvoir accéder à la compétition.

Puis il y a les « nouveaux » qui viennent découvrir l’atmosphère Cannes pour la première fois. Etudiants en cinéma, ou jeunes journalistes, pour eux la magie est vite retombée. Le festival reste trop élitiste, leur permettant de participer sans pour autant leur donner une véritable place. Même si pour les cinéphiles, leur accréditation leur permet de profiter des séances officielles au palais, la montée des marches restent pour beaucoup un rêve inassouvi. Il faut attendre les derniers jours pour qu’ils puissent entrer au palais. Derniers du classement sur la liste des prioritaires, il faut arriver des heures en avance pour avoir une chance d’accéder à une séance. En effet, plus de billets sont imprimés que le nombre total de places dans les. Même son de cloches chez les badges presse. On ne notait pas moins de cinq badges de presse différents, qui ne permettent pas le même accès aux séances ou Master Class à tous les journalistes.

Une ambiance qui se perd.

Restaurateurs, barmans, ou encore coiffeurs professionnels cannois, tous s’accordent pour dire que cette année le festival manquait cruellement de vie. Le mauvais temps et le froid ont bien sûr eu un rôle évident dans la baisse de fréquentation. Mais les terrasses, pleines d’ordinaire jusqu’au bout de la nuit lors de l’évènement, ont eu du mal à se remplir. Les clients restent moins longtemps. Les rendez-vous incontournables d’après-minuit, où tous les festivaliers, étrangers, professionnels du cinéma ou non viennent se réunir pour parler 7ème art autour d’un verre n’ont pas eu autant de succès pour cette édition.

Omar, cuisinier à la table du chef note que le festival a tout de même rehaussé le chiffre d’affaires, mais que la bonne humeur n’était pas toujours au rendez-vous. Dominique, coiffeuse professionnelle et championne du monde de chignons avait l’habitude de relooker stars et princesses à l’hôtel du Majestic, soirs après soirs. Cette année, les clientes se sont fait désirer « Maintenant, avec les tutos sur internet, les femmes savent se coiffer toutes seules. Elles voient une jolie coiffure qui fait fureur sur les réseaux, elles apprennent à la faire elles-mêmes. Plus besoin de coiffeur à domicile »

C’est donc un Festival de Cannes en demi-teinte qui vient de s’achever après dix jours de compétition. Une chose est sûre avec une faible influence, les boutiques officielles ont engrangé moins de bénéfice, à l’intérieur du staff on parle de -20%. Au sein du palais, il ne reste plus que les échos de cette 71ème édition puisque les membres du staff ont déjà tout démonté pour un prochain congrès qui se tiendra dans quelques jours. Il faudra donc patienter un an pour le prochain épisode.

 

Florian Cartignies et Victoria Rezelman

Catégories : A la plume