C’est dans la salle Buñuel, pleine de monde, que Christopher Nolan, célèbre réalisateur américain a donné sa toute première Master Class au Festival de Cannes. Il est revenu sur sa relation avec l’œuvre de Stanley Kubrick « 2001 : l’odyssée de l’espace » en présence de la fille du défunt réalisateur, très émue par ses mots. Il exprime un besoin de repousser les limites du cinéma, car fidèle aux idées de son mentor il soutient un cinéma « capable de tout ».

 

C’est pendant son enfance que Christopher Nolan découvre le cinéma de Stanley Kubrick. Il est fasciné par la capacité du réalisateur à repousser les limites du cinéma. Un cinéma indépendant, underground qui pousse le réalisateur à devoir maîtriser aussi bien le son, la technique et la direction d’acteur. Un manque de moyen qui va nécessiter plus de précisions dans la manière de concevoir le fond autant que la forme. Une pluralité de techniques que les réalisateurs actuels ne maîtrisent pas tous. D’ailleurs Kubrick disait « Quel meilleur moyen de savoir faire un film que d’en faire un ». C’est avec toujours cette idée en tête que le réalisateur d’Inception débute sa carrière en 1990 avec le long métrage « Following ».

« Le numérique ne substitue en rien l’authenticité du support originel »

A l’occasion du 50ème anniversaire de l’œuvre de Kubrick « 2001 : l’Odyssée de l’espace », Nolan a proposé une version nouvelle du film tout en gardant son authenticité. Nolan a voulu restaurer l’œuvre à travers l’œil de Kubrick. Pour cela il consacre son travail à nettoyer la pellicule, transformer les supports sans pour autant toucher au numérique. Il souhaite que les spectateurs se retrouvent devant le film comme en 1968, en version 70mm. Ce qui intéresse Nolan c’est de retrouver un cinéma plus palpable. Même si le numérique à quelque part révolutionné le cinéma, pour lui cela destitue l’authenticité d’un film et met une distance entre le réalisateur, les acteurs et les spectateurs. « Il est important de placer les comédiens dans un véritable contexte physique, pour qu’ils puissent exploiter plus en profondeur leurs émotions et donc rendre une incarnation plus réelle ». Le cinéma analogique permet une connexion plus intense entre le réalisateur et son oeuvre, car cela va poser des questions de réalisations. Pour son film Dunkerque sorti en 2017, les décors sont naturels et le film est tourné en 70mm bien qu’une version 4K existe. Nolan va aussi jouer avec le montage alternatif pour compenser le manque d’effets spéciaux réalisés à l’ordinateur. Par exemple, dans Momento il va présenter un film sur une structure linéaire mais monté à l’envers pour retranscrire les problèmes de mémoire du personnage. La structure de base va se présenter comme un Ruby cube qu’il suffit de bouger pour avancer dans l’histoire.

De même dans Dunkerque, le film présente des temporalités diverses et alternées, qui permettent d’avancer dans le récit en même temps que les personnages et de comprendre les choses à leur manière. Le spectateur n’est plus omniscient mais sa perception de l’action dépend de celle des acteurs. C’est ce qu’aime Nolan, regarder les personnages se distinguer par leurs actions dans un contexte où les situations dans lesquelles ils se trouvent sont poussées à l’extrême.

Une psychologie des personnages poussée à l’extrême 

En se questionnant lui même sur le film, Nolan va aussi questionner ses personnages. Il va s’inspirer de ses propres faiblesses : le manque de confiance et la peur de la trahison. Il définit une manière différente de comprendre le mélodrame. Terme souvent utilisé de manière péjorative. Mais pour Nolan cela va signifier projeter ses peurs les plus profondes pour les comprendre et les analyser. Ils va proposer des figures sombres et des images d’anti-héros. Par exemple son personnage de Batman va à l’encontre de l’image donné dans les Comics. Il présente une dimension profondément noire du super héros et il cherche à montrer « ses mauvais côtes ». Lui qui n’a pas de super pouvoir. Il s’agit seulement d’un milliardaire pouvant créer des gadgets futuristes. Se développe alors en lui un sentiment profond de culpabilité et de jalousie que Christopher Nolan va pousser à l’extrême.

Toute la singularité de Nolan va être de repousser les limites toujours plus loin. Autant d’un point de vue esthétique, avec un mélange entre son et image qui agit comme une catharsis sur les spectateurs. Et une recherche psychologique plus poussée des personnages qui va interroger réalisateur, acteur et spectateur.

Victoria Rezelman